Istanbul, 21 novembre 2025: après une heure d’audience dans le cadre du cinquième procès contre Pınar Selek, qui a déjà été acquittée à quatre reprises, le procès est à nouveau ajourné – jusqu’au 2 avril 2026 à 9h45. Le mandat d’arrêt du 31 mars 2023 reste en vigueur. Une fois de plus, rien n’a changé.
À Istanbul, Marseille, Nice, Strasbourg, Lyon et dans bien d’autres endroits, nous sommes remplis de colère. Mais nous ressentons aussi une force et une solidarité incroyables qui nous lient à Pınar, qui nous convainc par son énergie inébranlable et son sourire radieux, après avoir digéré pendant une demi-heure la déception que, une fois de plus, l’État turc, avec son gouvernement réactionnaire, s’accroche à son pouvoir pitoyable et ne l’acquitte pas, alors que le dossier d’accusation est vide. Ses premières phrases après l’annonce de ce «nouveau» verdict: «Ils croient toujours pouvoir me fatiguer, mais ils ne parviendront pas à éteindre les lucioles. Le feu de la solidarité internationale se propage, les braises se répandent. C’est le pouvoir qui est en train de se perdre.»
Marseille – Istanbul
Cette fois-ci, ce sont les ami·es et les soutiens de Marseille qui ont organisé la rencontre avec et autour de Pınar Selek: la première partie s’est déroulée à l’Iméria, Institut d’études avancées de l’Université Provence Aix-Marseille, et la soirée dans la grande médiathèque Alcazar. Parallèlement à la retransmission en direct depuis Istanbul, où une délégation internationale composée de 35 universitaires, avocat·es, représentant·es d’organisations de défense des droits humains, etc., assistait au procès, des scientifiques, artistes, auteur/trices, féministes et autres personnes solidaires ont apporté leur contribution.Tout cela était accompagné de chants de résistance de différents pays, interprétés par des musicien·nes ami·es de Pınar et de nous-mêmes. Des textes de Pınar ont été merveilleusement récités et lus par une conteuse et la grande actrice Ariane Ascaride, une amie proche de Pınar. À ce propos, je vous recommande vivement de lire les écrits de Pınar Selek. Ils sont incroyablement riches, très poétiques, politiques et analytiques. Elle a écrit de nombreux livres, dont certains ont également été traduits dans plusieurs langues.
Le procès
Pendant le procès et jusqu’à la fin de la matinée, nous étions en contact direct par SMS avec nos ami·es présent·es dans la salle d’audience à Istanbul. Un message a particulièrement attiré mon attention: l’un des avocats a expliqué que, selon la Cour constitutionnelle, les personnes ayant le statut de «fugitif» peuvent être acquittées si elles assistent à leur audience à distance, c’est-à-dire si elles participent au procès par vidéoconférence, et même sans cette étape. Cela pourrait peut-être changer la situation lors du prochain procès. Jusqu’à présent, l’un des arguments, voire l’argument principal, invoqué pour justifier le report du procès pendant des années est qu’aucun jugement ne peut être rendu sans la présence physique des accusé·es.
Il convient également de noter qu’Interpol continue de rejeter la demande des autorités turques visant à émettre un avis de recherche rouge1 contre Pınar, car les critères pour un tel mandat d’arrêt ne sont absolument pas remplis dans son cas.
L’innocence de Pınar est donc une nouvelle fois clairement prouvée, et nous continuerons à nous battre à ses côtés jusqu’à ce qu’elle soit définitivement acquittée. Ce combat symbolise toutes les luttes pour la liberté d’expression, les libertés académiques, les droits des minorités opprimées, l’égalité des femmes et des personnes LGBTQ+ dans tous les domaines.
Après 27 ans de procès et de harcèlement judiciaire contre Pınar Selek et son engagement, nous n’abandonnerons pas et continuerons à la soutenir![2]
Constanze Warta, Archipel
- Une notice rouge est un avis de recherche international diffusé par Interpol à la demande d’une autorité policière afin de demander à ses homologues du monde entier de localiser et d’arrêter une personne recherchée par une juridiction nationale ou internationale en vue de son extradition. Chaque pays membre décide lui-même de l’importance qu’il accorde à une notice rouge.
- Voir également les articles: «Nous sommes tous témoins», 13/05/2025, publié dans Archipel 347 «Le procès de Pınar Selek», 14/04/2023, publié dans Archipel 324 «Harcèlement judiciaire contre Pınar Selek», 11/02/2023, publié dans Archipel 322



